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Léon
Savary (1895-1968)
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Voulez-vous être conseiller national?
Léon
Savary fut un fin observateur du monde politique suisse. Doté d’un
goût certain de la polémique, il épingle ici les ambitions
nationales.
Edité
en 1958, ce pamphlet politique porte les marques de son temps. Il
a cependant étonnement peu vieilli. « Rien de nouveau
sous le soleil, disions-nous l’autre jour, longtemps après
l’Ecclésiaste », écrivait Léon
Savary. Oui, les hommes se ressemblent passablement d’âge
en âge. Et si, depuis quarante ans, beaucoup se plaignent de
la lenteur des réformes dans notre pays, c’est sans doute
que les hommes politiques d’aujourd’hui ne sont pas très
différents de leurs pères. Aussi ce livre demeure-t-il,
à mon sens, de bon conseil pour qui voudrait accéder
à la chambre du peuple.
Si vous
voulez devenir conseiller national, commencez naturellement par faire
allégeance à un parti politique. Evitez seulement « les
extrêmes, qui dans notre pays, sont d’un mauvais rendement
électoral. » Vous faites « un peu peuple »
comme Jean-Louis Trublet, le héros tragi-comique de cet ouvrage ?
Alors n’espérez pas adhérer au parti libéral.
Sous ces réserves, vous avez le choix. Tissez lentement votre
toile, montrez votre attachement à votre canton, graissez la
patte des sociétés locales, ne refusez jamais un « dîner-choucroute »
ou un « souper-tripes ». Le jour de l’élection,
faites tracer les noms de vos colistiers sans manquer de déplorer
le procédé et, sûr de votre victoire, assénez
enfin l’argument massue : « Le peuple a parlé. »
Vous voilà donc à Berne. Là, multipliez les contacts
personnels et mettez-vous d’emblée à l’étude
du jargon parlementaire. Désormais ne dites plus: « une
belle vache ; dites : une pièce sélectionnée
de notre cheptel bovin ; ne dites pas : un chat qui attrape
bien les souris ; dites : un félidé domestique,
spécialement apte à l’extermination des rongeurs
de l’espèce micromyominutus ; ne dites pas :
une maison ; dites : un immeuble affecté à
l’habitation… » Ne manquez pas non plus de profiter
de votre situation pour faire, avec mesure naturellement, un peu de
racket. Faites effet dans les commissions en prononçant quelques
chiffres savants, monnayez votre pouvoir d’électeur du
Conseil fédéral et, de grâce, ne vous privez pas,
durant une pause bien méritée au café du coin,
de pincer le postérieur d’une gentille sommelière
et de vous exclamer : « Elle a de belles fesses, n’est-ce
pas ? Ah ! ah ! ah ! Elle a de belles fesses ! »
Vous laisserez, semble-t-il, le souvenir d’un homme d’infiniment
d’esprit.
Voilà pour les conseils, voilà pour le fond. Ajoutons
que l’on trouvera rarement, dans cet ouvrage, cette formidable
violence et cette aigreur qui émane parfois des écrits
pamphlétaires de nos voisins français, ou même
de certains de nos compatriotes fortement engagés. Voulez-vous
être conseiller national n’est pas tant le livre de la
dénonciation. C’est le livre de la dérision, et
peut-être de l’autodérision. Et ce n’est pas
là sa moindre qualité. Si nul ne les ménage,
force est de constater que l’on peine, dans ce pays, à
se moquer des politiciens. Qu’un chroniqueur s’essaie un
jour à un peu d’humour dans le domaine et il se fait prestement
virer. Pourtant, savoir rire de ses élus c’est aussi montrer
que l’on sait rire de soi. Et savoir rire de soi, comme savoir
parfois fermer les yeux, c’est tout l’art de vivre.
Né dans le canton de Neuchâtel de père vaudois,
un pasteur, et de mère balte, Léon Savary se convertit
au catholicisme et séjourna de nombreuses années à
Fribourg. Avant de vivre à Genève, Berne et Paris. Erudit,
il fut un grand connaisseur de l’Eglise. Dans le dossier qui
suit cette réédition, le théologien Jean-Marie
Savioz se penche sur L’enfant terrible de l’Eglise, sur
le troublant parcours religieux de cet homme complexe. (ngb)
(Livre
illustré par des dessins de Mix et Remix)
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Un
dessin de Mix et Remix
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Interview
de Mix et Remix
Léon
Savary
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