Nicolas Wuersdoerfer
Fribourg-Australie
56'000 km pour se laver les yeux

3 août 1997, Nicolas Wuersdoerfer enfourche sa moto et quitte Fribourg pour l’Australie. Ce projet mûrissait dans la tête de ce photographe amateur depuis des années déjà. 582 jours plus tard, il est de retour avec dans ses bagages plus de 3000 photos dont une cinquantaine a été présentée cet été à la galerie de la Schürra. Les vertus du voyage Sur les premières lignes du cahier de bord de Nicolas Wuersdoerfer on peut lire: «La vertu d’un voyage, c’est de purger la vie avant de la garnir». Le discours du motard s’en ressent d’ailleurs aujourd’hui lorsqu’il relativise les tracas de l’existence pour les placer, selon ses mots, sur une échelle de valeurs plus grande. Nicolas ne s’enflamme pourtant pas quand il nous raconte ses aventures autour du monde. Sa voix est posée, il ne porte pas de jugement sur ce qu’il a vu, il se contente juste de témoigner. Les six mois passés en Inde restent sa plus belle expérience. La visite de Calcutta lui a permis de confronter les idées reçues que l’on a de la pauvreté avec la réalité du terrain. «Les gens de Calcutta ne se révoltent pas contre la pauvreté. Pour eux, lutter contre la fatalité c’est se faire du mal. Les Indiens se basent sur la religion, sur la famille et sur le respect d’autrui. Avoir été accueilli et invité à partager le repas de ces gens m’a fait du bien à l’âme», souligne Nicolas. Voyage et photographie Nicolas Wuersdoerfer est un adepte de la photographie de voyage. Il avait exposé à Fribourg en 1996 ses clichés du Népal, du Vietnam et de l’Irlande. Le choix d’un long voyage était-il lié avec sa passion de la photographie? Nicolas se veut catégorique, «j’aurais très bien pu faire ce voyage sans appareil photo.» La réponse peut nous paraître surprenante. Pourtant, si l’on regarde attentivement son travail, on peut se rendre compte que Nicolas n’est pas un chasseur d’images ou un photographe qui travaille dans un but précis. «Pour réussir une photo, il faut s’immiscer au cœur de la vie d’une population. Si je me sens bien avec les gens, je sors mon appareil et tout se déroule normalement. Je ne sortirais pas mon matériel pour prendre des clichés en toute vitesse. J’ai besoin de sentir ce qui se passe autour de moi. Même si je ne garde pas de contact avec les gens que j’ai photographiés, j’ai besoin de ce moment indescriptible où l’on sent qu’il se passe quelque chose entre nous», précise le photographe. De retour sur le plancher des vaches (tachetées et non plus sacrées), Nicolas s’est à nouveau fondu dans la vie helvétique. Il a repris son travail et continue à pratiquer la photographie en amateur. «La photo doit rester un hobby. Si je devais en vivre, je me retrouverais prisonnier des contraintes. Comme ça, elle me permet d’être libre et surtout de me faire plaisir», conclut Nicolas. Roumanie.

Un pandore me colle une amende pour avoir flirté avec une imaginaire ligne blanche continue. Vingt et un franc suisses pour l’état roumain. La première «bûche» du voyage. Iran. A la frontière irano-turque. Un gabelou pointilleux m’oblige à ôter de mon réservoir un autocollant sur lequel figure le portrait d’une demoiselle, peu voilée, au goût du douanier. Inde. Sur une route désertique, je me suis soudainement retrouvé face à un bison qui me coupait la route. Après un round d’observation, ce dernier manifesta son hostilité. Je suis descendu de ma moto et je suis parti en courant. Après une course poursuite, l’animal céda. Mais là, j’ai bien cru que ma dernière heure avait sonné. Inde. Une poignée de main avec le Dalaï-Lama que j’ai rencontré par hasard lors d’une fête tibétaine à Dharamsala. Mon plus beau souvenir du voyage Inde. Varanasi, anciennement Benarès. Les corps des morts sont brûlés à proximité du Gange, rivière sacrée dans laquelle les cendres seront ensuite disséminées. Les cadavres y sont acheminés par tous les moyens du bord; sur les porte-bagages des vélos ou sur le toit des taxis, le tout dans une indescriptible odeur de chair brûlée. Ambiance surréaliste! Australie. Mon démarreur lâcha au moment où mon visa arriva à terme. Après 582 jours de vie commune, mes fesses rejoignent le siège d’un avion qui me ramènera en Suisse. Ma moto suivra quelques semaines plus tard. Mon aventure se termine un peu en queue de poisson.

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