Non-Lieu
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Michaël Perruchoud
 

Il y a une année et demi, Michaël Perruchoud publiait son premier roman: Crécelle et ses brigands. Il revient avec un deuxième livre: Non-Lieu. Un texte bien loin de la grande fresque qu’il avait dressée de la Genève des années 1700. Une brève et sombre histoire on ne peut plus contemporaine. «C’est fou tout de même. Dès qu’il y a une mort tragique, il faut un responsable». Cette troublante évidence, lâchée par Michaël Perruchoud lorsqu’il nous a parlé pour la première fois du récit qu’il préparait est au centre de Non-Lieu. C’est un soir d’hiver: Julius conduit son tram, dans une ville qui pourrait être Genève. Et l’accident survient. Est-il responsable? C’est loin d’être sûr. Mais autour de lui la question devient vite rumeur, le doute s’insinue dans les esprits. A première vue pourtant, on ne peut pas reprocher grand-chose à Julius. Mais un enfant est mort. Il faut une réponse. Et la réponse est toute trouvée: Julius, le chauffeur de tram. La vie familiale et professionnelle de Julius le protégeait. Elle est bien terminée. Projeté au centre de l’attention, sommé de se justifier, Julius doit jouer un nouveau rôle. Réapprendre à parler. Se remettre à exister. Licencié, montré du doigt, centre des conversations mesquines, Julius s’enfonce. Il est beaucoup trop fruste pour le rôle qu’on veut lui faire jouer. Il n’est que coupable d’être ce qu’il est. La rumeur enfle: on se souvient, autour de lui, de ses attitudes, auxquelles on n’avait alors pas prêté attention, de ses comportements bizarres. Chez le père de famille et employé modèle, c’étaient des traits de caractère. Chez celui qu’on a décidé de tenir pour responsable, ce sont des vices. Le regard de sa famille elle-même se trouble. Après celui des collègues et des gens du quartier. On tient un bouc émissaire de tous les ressentiments. Il faut en profiter. Surtout ne pas le lâcher. Quant à Julius… Qu’il se débrouille. Michaël Perruchoud dessine un portrait sans concession de ce qui pourrait être un quartier résidentiel où les gens, voisins par la force des choses, se connaissent juste assez pour se pourrir mutuellement la vie. L’éternelle répétition de la banalité, les horizons bouchés: terrain idéal de toutes les mesquineries. Pourvu qu’on oublie, pour un temps, l’ennui chevillé à la vie. Comme Crécelle dans le roman précédent, Julius souffre d’une fêlure qui l’empêche de résister aux coups de boutoir de la vie. Mais la comparaison s’arrête là. Crécelle était un roman d’aventure aux multiples tableaux, qui traversaient l’Europe. Une belle et grande histoire. L’univers de Non-Lieu, récit beaucoup plus serré, est beaucoup moins vaste. Les héros de Crécelle et ses brigands partaient à la découverte du monde pour le dominer. Ils livraient au destin un combat qu’ils pensaient bien pouvoir gagner. Ces héros sont absents de Non-Lieu. Il ne reste que Julius et ceux de son acabit, des êtres soumis à une réalité poisseuse. La nôtre? Et bien incapable de tordre le cou au destin. D’un récit à l’autre, Michaël Perruchoud continue à porter un regard mécontent sur un monde, une vie et des hommes qui conduisent tant de Julius et de Crécelle à l’abattoir. (cv)

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Une pièce de théâtre de Michaël Perruchoud récemment jouée à Genève.

Crécelle et ses brigands. Le premier roman de Michaël Perruchoud.

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