Interview
de Patrice Tschopp
Après une licence en Lettres à l'Université de Fribourg et quelques années
d'enseignement au collège de l'Abbaye de Saint-Maurice, Patrice Tschopp
assume la charge d'archiviste de la Ville de Sion depuis 1983.
Comment avez-vous
découvert ce manuscrit? Quelle est son histoire?
Le manuscrit a été découvert au détour d'enquêtes historiques menées au
sein des Archives de la Ville de Sion. Très vite, il s'est avéré que j'avais
affaire à un projet de règlement de police rédigé entre 1841 et 1843.
Tout aussi rapidement, quelques recherches dans la documentation antérieure
de ce type m'ont dévoilé une succession de textes à caractère normatif
édictés par les autorités locales depuis le Moyen Age.

Comment se présentent le texte original et la langue utilisée?
A l'évidence, la relative clarté de l'écriture, le soin apporté, la cohérence
et le suivi des 406 articles qui noircissent les 107 pages du manuscrit
relié manifestent un état de réflexion et d'élaboration avancé. Il n'empêche
toutefois que lacunes et omissions, corrections et rajouts, disposition
des chapitres… indiquent que le travail, inachevé, est sur le métier.
Quant à la langue, elle rejoint celle utilisée dans plusieurs documents
de caractère officiel du milieu du XIXe siècle. Malgré les incohérences
orthographiques et syntaxiques, malgré les variantes graphiques ou une
écriture phonétique qui ajoutent au provisoire de la rédaction, elle est
celle d'un chancelier instruit, au bénéfice probable d'une formation classique.
Quel intérêt représente ce texte pour les historiens et les amoureux
de l'histoire valaisanne et sédunoise?
Ce texte prend d'autant plus de relief, dans la lignée historique des
statuts, ordonnances et arrêtés souvent ponctuels, qu'il embrasse et qu'il
prétend codifier la quasi-totalité des aspects de la vie urbaine surtout,
mais aussi rurale, à Sion dans la première moitié du XIXe siècle. En outre,
des passages développés du manuscrit présentent la ville en un dessin
topographique. Ce projet de règlement de police revêt toute sa portée
significative si on l'insère dans le contexte historique sédunois et valaisan
dont il est le reflet indirect mais évocateur. Le texte s'inscrit dans
le cadre d'une réorganisation administrative importante décidée par l'autorité
bourgeoisiale de l'époque. Sa compréhension ne saurait faire abstraction
d'une réalité historique contemporaine aux multiples facettes, urbanistique,
démographique et politique.
Ce document, lié à une période troublée, a été rédigé dans un esprit
très conservateur. Comment ce conservatisme apparaît-il au fil du texte?
Dans le climat politique particulièrement troublé d'alors, le texte publié
apparaît dans sa globalité comme un instrument pratique parmi d'autres
dont se servent les défenseurs d'une idéologie conservatrice déstabilisée.
Ainsi la volonté de se ressaisir et de se réaffirmer s'accompagne-t-elle
naturellement du poids des valeurs traditionnelles qui ont nom autorité
et hiérarchie, ordre social, religion… Cet esprit imprègne nombre d'articles
du règlement concernant par exemple l'organisation de la police, la population,
les privilèges des bourgeois, les mœurs, l'ordre et la tranquillité publics,
les dimanches et fêtes religieuses, les baptêmes et les funérailles…
Préface
par Pierre Dubuis
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