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La
vie quotidienne à Sion au milieu du XIXe siècle
Préface
Par
Pierre Dubuis,
chargé de cours aux Universités de Genève et Lausanne
Il y a bien longtemps
que des historiens aux intérêts les plus divers exploitent ce que, dans
leur jargon, ils appellent des " sources normatives ". Il s'agit de textes
dans lesquels un groupe social énonce, d'une manière officielle et raisonnée,
ses lois générales et ses règles de fonctionnement. Appartiennent à ce
genre documentaire des textes aussi divers que le Code d'Hammourabi, la
Constitution fédérale ou le Code civil, un règlement de métier, de consortage,
de chœur mixte ou de société de chasse, un pénitentiel médiéval ou un
catéchisme diocésain du siècle passé. Et donc aussi ce Règlement de police
pour la ville de Sion, dont Patrice Tschopp propose à notre curiosité
un projet rédigé au début des années 1840.
Ce beau texte ne s'adresse pas qu'aux gens du métier. Au contraire, les
amateurs d'histoire, ceux qu'intéresse le passé de leur ville, ceux aussi
qu'intriguent d'anciennes manières de vivre, ne devraient pas hésiter
à s'y plonger, pour essayer de voir par eux-mêmes ! En effet, la langue
est aisément compréhensible. Quant aux difficultés qui se présentent tout
de même ici ou là, les riches explications que Patrice Tschopp propose
dans les notes infrapaginales permettent de les résoudre. En outre, grâce
à de bons index, toutes sortes de voyages thématiques sont possibles à
travers le document.
Un texte comme le Règlement de police pour la ville de Sion autorise de
vertigineuses explorations dans les pensées discrètes de ceux qui détiennent
le pouvoir, en particulier à propos de ce qu'ils estiment être bon pour
ceux qu'ils gouvernent. Ces ouvertures sur une vision de la société sont
d'autant plus intéressantes que, dans les années 1840, le Valais connaît
de grands affrontements politiques. Ce Règlement pourrait en somme être
lu comme le manifeste ultime - et resté d'ailleurs lettre morte - de la
bourgeoisie, de cette institution qui gouverne Sion depuis le Moyen Age
central, mais qui ne va pas tarder, dans cette petite cité qui vient de
secouer ses remparts, à se voir détrônée dans ce rôle par la commune moderne.
Le
lecteur dégustera avec bonheur les éclairages variés que le Règlement
apporte sur toutes sortes d'aspects de la vie quotidienne. La ville est
minutieusement décrite, à travers le catalogue des rues (articles 7-11)
et des égouts (articles 374-377), dressé quartier par quartier. Les campagnes
qui enserrent la ville ne sont pas en reste, grâce à une section de police
rurale (articles 378-391) et à un aperçu détaillé des chemins qui les
parcourent (articles 392-406). La société urbaine apparaît bien, notamment
à travers les clivages établis entre " tolérés ", " habitants " et bourgeois
(articles 19-30) ; est également typique la méfiance dont on fait preuve
à l'égard des étrangers (articles 12-18), en particulier lorsqu'ils sont
pauvres (article 84). Autre caractéristique de cette ville sur le point
d'émerger d'un très long Moyen Age, la vie religieuse et ses manifestations
sont très présentes dans la vie quotidienne (articles 41-53 et 289-341).
Si un tel règlement avait été rigoureusement appliqué, on ne se serait
sans doute pas beaucoup amusé en ville, sinon dans des lieux et des temps
bien définis et contrôlés de près (articles 31-54, 59-82). Même les animaux
auraient dû se plier aux règles de la décence (articles 37, 38 et 52)
! Autres grands soucis du législateur, l'artisanat (articles 270-288)
et le commerce des denrées alimentaires (articles 184-269, 342-373) tiennent
une large place dans le Règlement. Enfin, Sion est alors une ville en
expansion et qui cherche à se donner un visage avenant ; c'est sans doute
pourquoi l'auteur du Règlement accorde tant d'importance à tout ce qui
concerne les constructions (articles 104-119), l'aspect géographique des
pratiques urbaines (articles 56-57), la grande menace de l'incendie (articles
141-183), ainsi que les questions d'ordre et de propreté publics (articles
83-102, 120-140, 141-183).
Je suis certain que ce Règlement aura de nombreux lecteurs, qu'il saura
surprendre et amener à la réflexion. Je lui souhaite aussi de devenir
la proie des historiens, qui devront l'intégrer à sa juste place dans
la construction de l'histoire du Valais moderne.
Interview
de Patrice Tschopp
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