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Bastien
Fournier Photo: Michaël Abbet
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Julie
Rahir, interprétant l'héroïne tragi-comique de La Ligne blanche
Photo: Eric Salamin
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Entretien
avec Bastien Fournier
Ce qui surprend le plus au moment
de rencontrer Bastien Fournier, c'est sa capacité à glisser quelques instants
de calme, avec l'aide d'une cigarette et d'un café, dans un emploi du
temps très chargé pour parler de son travail avec un enthousiasme extrêmement
communicatif. A l'occasion de l'édition de ses pièces La Ligne blanche
et Genèse 4 et de la présentation de cette dernière sur les planches du
Petithéâtre à Sion, l'écrivain romand s'est prêté sans difficulté au jeu
des questions et des réponses.
"Une comédie avec
un aspect tragique"
Il prend une rapide bouffée de fumée avant de se lancer dans cet exercice
de style et de fournir le fil rouge de La Ligne blanche : ''Même si je
ne suis pas un véritable mordu de football, j'ai effectué mes classes
juniors avec le FC Fully comme latéral gauche et j'ai toujours eu un certain
intérêt pour ce sport. Dans les faits, La ligne blanche est une commande
qui m'a été faite à l'occasion de Fetartista et comme le budget était
modeste, j'ai choisi de lui donner la forme d'un monologue. De plus, cette
commande a pris place au cours de l'été 2004, durant l'Eurofoot. Je me
suis donc retrouvé dans une période propice à l'écriture avec les potins
dans les journaux. D'un point de vue plus personnel, j'ai toujours aimé
le côté épique, même héroïque qui compose le football.''
Les amateurs de football pourraient avoir de la peine à se reconnaître
dans la pièce de Bastien Fournier et les événements qu'elle relate. A
cela l'auteur répond: ''Tout ce que l'héroïne de la pièce déclare est
tiré d'anecdotes médiatiques ou d'histoires personnelles qui m'ont été
rapportées. Tout est vrai, y compris la polémique sur la couleur des cheveux
des joueurs. Cet assemblage d'anecdotes donne un côté tragique incarné
par l'épouse du footballeur. Celle-ci a un côté ambigu : elle aime son
mari footballeur pour ce qu'il est et c'est ce qu'il est qu'elle déteste.
Dans les faits son mari est un homme ridicule en raison de son attachement
à son apparence. Mais cet homme est un mythe qui est déconstruit au long
de la pièce. Avec cette déconstruction, La Ligne blanche est une comédie
avec un aspect tragique. Je ne voulais aussi ne pas aller trop loin car
si le mari footballeur a ses défauts et ses petites faiblesses qui sont
insupportables pour sa femme, il reste très amoureux de celle-ci.''
Dans la foulée des premières représentations, Bastien Fournier a reçu
un grand nombre de réactions contrastées : ''J'ai eu un écho très positif
de la part des spectateurs de football qui ont ressenti dans la pièce
ce qu'ils ressentent en tant qu'observateurs du sport. Par contre, les
personnes qui sont elles-mêmes impliquées dans ce sport m'ont reproché
d'en donner une image peu reluisante. On pourrait dire que le public des
stades s'est plus reconnu que les footballeurs eux-mêmes.''
" Une action citoyenne "
La discussion change quand on aborde la seconde pièce et son thème du
fratricide : ''De par l'orientation de mes études en littérature, ce thème
m'a toujours intéressé. Pour être exact, j'ai été attiré par les textes
qui relatent le passage du monde païen vers le chrétien. De plus, le texte
de la Genèse qui se trouve dans la Bible offre beaucoup de possibilités
pour une adaptation au théâtre car il contient une foule de passage où
les explications manquent. Il y a donc de la place pour la poésie. Et
la thématique des frères ennemis m'a beaucoup interpellé car elle pourrait
être rapprochée avec l'histoire de l'humanité.''
Si le lecteur de la pièce vient à souligner le côté sombre du texte, Bastien
Fournier tient à lui opposer un point de vue un peu plus nuancé : ''Je
ne pense pas que l'être humain soit bon ou mauvais, il réagit en fonction
de la situation dans laquelle il se trouve. Dans la pièce, le public voient
deux frères qui s'aiment, mais que la situation dans laquelle ils se trouvent
va les amener à se détester. C'est un enchaînement absurde est qui est
perçu comme tel par les protagonistes. La violence submerge l'être humain,
c'est une force irrationnelle qui s'empare des gens, comme une forme de
colère. La pièce est un peu pessimiste car cette violence est absurde.
Mais elle contient aussi de l'optimisme car la violence n'empêche pas
l'Amour. On ne déteste que ceux qu'on aime. Mon intention est de susciter
un débat chez les personnes qui viendront voir cette pièce, pas d'apporter
des réponses. Quel élément peut freiner la violence qui vient s'insérer
dans la trame de la pièce ? Vorace va chercher la justice pour ce qui
lui arrive. Car si son premier meurtre est commis par jalousie, le second
est une sorte de réparation suite aux actes de son frère. Je serai heureux
si le public sort du théâtre en s'interrogeant sur la limite de la justice.
D'une certaine manière, susciter cette réflexion est, pour moi, une forme
d'action citoyenne.''
Au moment de découvrir Genèse 4 sur scène, une question vient rapidement
à l'esprit : de quelles sources l'auteur valaisan tire-t-il les éléments
qu'il a utilisés pour palier le manque d'explication du texte biblique
? ''En fait, je me suis peu renseigné sur le sujet, précise l'intéressé,
le texte original suscite des questions depuis des siècles. Un lecteur
m'a fait remarquer qu'il y trouvait une lecture typologique des textes
bibliques. La pièce aborde un événement relaté dans l'Ancien Testament
qui préfigurerait ce qui va se passer dans le Nouveau Testament. Mais
je pense pour ma part que c'est une histoire avant tout très humaine entre
deux frères, c'est une tragédie familiale en milieu clos en non une pièce
théologique. C'est d'ailleurs pour cette raison que j'ai changé les noms.
Le thème central de la rivalité est très présent dans la culture occidentale.''
Propos recueillis par Xavier
Lambercy, 18.02. 2006 (article libre de droit)
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