Ton moulin va trop vite

Ton moulin ton moulin ton moulin va trop vite ! Youpi ! C'est la guerre en Afghanistan. On attendra poliment la victoire pour réécrire « Independance day » et pour que Bruce Willis casse du barbu par centaines. Pour l'heure on bombarde et l'on va voir des films qui ne font de mal à personne. Et dans ce domaine, je conseille hautement "Moulin Rouge".
Si l'on excepte les insultes à l'histoire, - certaines sont voulues et assumées et si elles faisaient ne serait-ce que sourire, elles seraient pardonnables, d'autres font peine à voir, Toulouse Lautrec transformé en faire-valoir alcoolique juste bon à ânonner que "l'essentiel c'est l'amour et d'être aimer en retour" aurait quelques raisons d'intenter un procès en diffamation posthume au scénariste qui, si j'en crois le "In memoriam" de fin a eu le bon goût de ne point trop survivre à son chef-d’œuvre -, si l'on excepte les insultes à la création, - Ewan Mc Gregor joue l'artiste qui s'ignore, qui devient poète en 30 secondes, mais qui ne tient pas suffisamment à son oeuvre d'art pour la défendre lorsqu'elle sombrera dans le grand guignol - si l'on excepte les insultes à la médecine, - ô Nicole Kidman qui vocalise, fraîche comme une rose, 30 secondes avant d'agoniser de phtisie - il n'y a rien, absolument rien.
Ce film est vide bourré jusqu'à la moelle d'images qui ne veulent rien dire. Bien sûr, la vraisemblance n'est pas un critère, bien sûr le délire est permis... A condition d'être drôle ou d'avoir quelque chose à raconter, ce qui n'est manifestement pas le cas.
Moulin Rouge aligne quelques poncifs sur l'amour, l'amour si beau, si pur, l'amour sans lequel le monde n'est rien, l'amour au nom duquel on peut bien baiser l'histoire, la vraisemblance et le spectateur... Que les personnages aient un fond, une idée, un trait de caractère, qu'on puisse les comprendre, le réalisateur s'en bat, s'en fout, s'en torche le popotin avec une légèreté assez admirable. Ce que l'histoire ne dit pas, la technique le souligne à la louche. Les images s'accélèrent : on rit; les images ralentissent: on va pleurer ! L'émotion est une technique et la technique est irréprochable. Alors sans rien raconter, sans rien postuler sans rien imaginer, "Moulin Rouge" va réussir à en émouvoir quelques-uns... Et si quelques autres dans leur siège, écoeurés par la huitième couche beurrée qu'on leur tartine à la suite sans même qu'une trouvaille, un petit rôle secondaire, une finesse de narration ne vienne les détourner de leur dégoût, se sentent légèrement arnaqués dans l'affaire, ce n'est pas grave... Seul l'amour a de l'importance...
mp



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